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PROPOSITION POUR UN NOUVEAU PARADIGME POUR LE DÉVELOPPEMENT SOCIAL ET ECONOMIQUE DE LA RDC

PROPOSITION POUR UN NOUVEAU PARADIGME POUR LE DÉVELOPPEMENT SOCIAL ET ECONOMIQUE DE LA RDC

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20/01/2019
Politique, RDC
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La doxa économique néolibérale enseigne aux peuples des anciennes nations colonisées qu’il ne peut y avoir de développement économique et social sans le FMI, la Banque mondiale ou le Club de Paris. Les forces vives de ces pays, en ce compris la République Démocratique du Congo (RDC), seraient trop faibles pour réaliser ce travail de développement autocentré. Qu’en penser ?

La propagande occidentale répète ad nauseam que sans le FMI et les autres créanciers internationaux, le progrès économique et social de la RDC participe d’une utopie tout bonnement insensée. La RDC ne disposerait, d’après ces sources, d’aucun moyen susceptible de financer un plan de développement économique et social ambitieux du pays. Là encore, il faut s’inscrire en faux
contre cette vision des choses. D’une part, les ressources naturelles de la RDC enrichissent depuis toujours des intérêts à travers le monde et financent le développement de nombreux États (occidentaux) que l’on n’hésitera pas, pour le coup, à qualifier de « voyous ».

La dette de la RDC, véritable goulot d’étranglement

A rebours de cette vulgate, on constate que la RDC, depuis l’avènement du président Kabila, a choisi la voie du désendettement en renégociant avec les pays créanciers de la RDC. Cette évolution a été particulièrement positive à la suite de l’initiative « pays pauvres très endettés » (PPTE). Lancée au début des années 2000, cette initiative visait à assister les pays les plus pauvres de la planète en rendant leurs dettes internationales plus supportables. A l’origine, sur les 42 pays concernés par cette mesure, 40 se trouvaient en Afrique subsaharienne. Parmi ces pays africains, il y avait la RDC. Quels ont été les résultats de l’initiative PPTE dans le cas du Congo ?

Source : FMI, janvier 2017

En 2001, la dette étouffait littéralement l’économie congolaise. Elle représentait, à cette époque, plus de 180% du PIB du pays. L’initiative PPTE, en à peine une décennie, a amené le stock de la dette publique congolaise aux alentours de 30% du PIB. D’ici 2020, la perspective d’endettement de la RDC est stable.
Le rejet de tout programme économique dont le financement repose sur une nouvelle dette publique doit être la nouvelle ligne politique. En effet, La dette publique enlève aux Congolais la dignité,
confisque la souveraineté ainsi que le contrôle de leurs immenses ressources (sol et sous-sol). Cette évolution positive, voie vers une émancipation politique, économique et sociale doit être au centre des préoccupations de la nouvelle administration congolaise. La matérialisation de cette évolution positive passe par la proposition inédite formulée ci-dessous, le likelemba ou alternative pour un nouveau mode de gouvernance économique.
Ce nouveau mode de gouvernance économique sera porté par cette énergie que comporte la fameuse formule « YES WE CAN » de Barack OBAMA au moment où il ambitionne de conquérir la magistrature suprême aux USA.

Likelemba

Qu’ils parlent le swahili ou le lingala, qu’ils soient de l’est ou de l’ouest, tous les Congolais connaissent le likelemba. Il s’agit d’une forme d’association collective d’épargne également appelée
tontine. Pour être plus précis, le likelemba consiste en un système de tontine rotative. Les participants au likelemba contribuent en versant dans un pot commun une somme prédéterminée à une fréquence convenue d’avance.
A chaque tour de versement, un des participants est désigné pour être le récipiendaire du pot commun constitué par l’épargne collective. Plus qu’un simple outil financier, le likelemba, dans la société congolaise, matérialise et consolide les liens de solidarité entre les membres d’un même quartier, village, église, entreprise…. « Il s’agit d’une pratique très ancienne qui consistait autrefois à confier le trésor du clan entre les mains du chef en lui imposant d’effectuer les dépenses indispensables »(1). Voilà pourquoi le likelemba est resté un mot magique, sacré et populaire en RDC(2).

Dans le cadre de la présente proposition, l’idée est que les différentes provinces de la RDC prennent en charge la reconstruction et le développement social et économique de chacune d’entre elles. A partir d’une pratique populaire et sous l’impulsion des entités provinciales, l’idée est de mutualiser les moyens dans un objectif supérieur qui est le financement (à tour de rôle) du développement des provinces et, au fur et à mesure, de tout le pays. Concrètement, les provinces signent un accord de coopération et de partenariat. Par leurs signatures, elles s’engageront juridiquement en tant que membres d’un fonds alternatif de reconstruction et de développement social et économique. Par cet accord de coopération et de partenariat, les provinces procéderont à des apports financiers et mettront en commun un fonds fixé par l’ensemble des membres, en tenant compte des ressources et capacités de chacune d’entre elles. De ce point de vue, l’esprit de solidarité est le maître-mot de cette structure à créer. Le principe est que les provinces de la RDC deviennent les bailleurs de fonds de leur propre développement en échangeant des fonds sur une base semestrielle, voire annuelle et de facto en créant des emplois pour leurs concitoyens.

Le fonds ainsi constitué par les provinces finance la mise en œuvre d’un plan de développement préalablement déposé par chaque province. Idéalement, ce plan de développement est élaboré ou
décidé sur base d’une consultation populaire au niveau des provinces. De ce point de vue, la démocratie locale rime dorénavant avec développement économique endogène, autocentré et à visée intégrale.
La phase expérimentale s’étendra sur une période de minimum 15 ans, période au cours de laquelle les provinces engagées dans ce programme bénéficieront chacune et à tour de rôle, d’un versement du fonds alternatif de développement.
Un comité de pilotage au sein duquel les provinces seront représentées, sera créé pour porter ce modèle de développement et de transformation de la RDC. Avec ce modèle, aucune province ne sera en retard de développement par rapport aux autres. Le progrès et la transformation progressive de la RDC qui en découlera provoquera un développement harmonieux d’ici 20 ans grâce à l’activité d’un marché intérieur enfin performant.
A l’issue de cette période marquant la phase initiale de ce plan, les provinces qui le souhaitent pourront décider de réitérer l’expérience. L’adhésion à ce programme n’est pas obligatoire. Sur la base d’un principe proche conceptuellement de celui de la coopération avancée en droit européen, le lancement ou la poursuite de ce projet pourra se faire sous l’initiative des quelques provinces qui sont intéressées et qui se sentent prêtes pour expérimenter le modèle.
La RDC est un immense sous-continent (80 fois la superficie de la Belgique) dont toutes les populations ne se connaissent pas encore bien entre elles. Les communications et les échanges entre
ces différentes provinces, dont 14 sont plus grandes que le Benelux, sont encore fort limitées. Le likelemba provincial est de nature à créer un lien de solidarité concrète entre tous les habitants du
territoire.

Le rôle de l’Etat central

Dans cette perspective et outre son rôle de régulateur et d’arbitre, l’État devra jouer un véritable rôle d’acteur économique en investissant une partie de ses revenus dans le développement d’un tissu industriel moderne et performant, en soutenant le développement des PME et en mettant à disposition conseil et appui techniques.
Ce point est important dans la mesure où il vise, dans la foulée de l’implémentation du likelemba inter-provincial, à assurer l’émergence d’un Etat véritablement régulateur en RDC. Par « État régulateur », il convient d’entendre l’action « d’un État conçu comme principe de cohésion sociale (signification la plus proche du sens originaire du terme de régulation) mais aussi comme la clef de voûte du développement social et arbitre du jeu économique » (3).

Cette orientation conceptuelle est fondamentale. Au cours du siècle écoulé, les relations entre Etat et économie ont oscillé autour de deux conceptions : l’intervention minimale de l’Etat voire l’absence de tout interventionnisme, qui est la thèse libérale, et la soumission totale de l’économie au pouvoir d’Etat qui a été celle pratiquée dans les Etats communistes.

On sait l’échec du système communiste d’économie planifiée : l’Etat ne peut prévoir en détail tous les mouvements de l’activité humaine et le développement de la société ne peut que pâtir de la suppression de la liberté d’agir et d’entreprendre propre au genre humain. Mais cette faillite ne saurait cacher les graves faiblesses de l’ordre libéral, surtout lorsqu’il est
poussé dans les ultimes conséquences de sa logique. Les crises cycliques du XIXe siècle, la crise de 1929, les différents phénomènes de paupérisation et les dysfonctionnements sociaux qui parsèment l’histoire des deux derniers siècles en illustrent les limites.
De ces principes, il découle que l’Etat doit intervenir en vue du bien commun de la nation dans le domaine économique, mais aussi dans le domaine social dont les dysfonctions, l’absence d’harmonie, mettent inévitablement en cause le fonctionnement de l’économie. Il a vocation à superviser, en respectant le principe de subsidiarité selon lequel l’échelon supérieur n’intervient que dans la mesure où il peut seul accomplir ce que le ou les échelons inférieurs ne sont pas en mesure de faire, l’établissement des relations entre capital et travail dans le cadre des corps intermédiaires professionnels et territoriaux fédérés au sein d’une organisation nationale du travail. Dans l’intérêt de tous, il est clair que n’importe qui ne peut faire n’importe quoi, que les relations entre les travailleurs, salariés et patrons, ne peuvent être acceptables qu’en étant fondées sur le droit et la justice.

De même, l’Etat doit suppléer les carences du marché et de ses dysfonctionnements, n’hésitant pas à orienter l’activité économique en vue du bien commun national et du renforcement de la puissance nationale. Son rôle est, par exemple, de mettre lui-même en œuvre des activités indispensables à l’intérêt national lorsque l’initiative privée fait défaut. Il doit superviser l’établissement des normes de qualité et de production en s’appuyant sur les corps intermédiaires concernés.

L’économie n’est ni dirigée, ni laissée à elle-même : elle est orientée. L’Etat oriente l’activité créatrice, l’action bienfaisante de l’émulation concurrentielle, dans des limites équitables et dans l’intérêt national et non plus en fonction des seuls intérêts privés. L’activation des provinces, dans le cadre du Likelemba tel que nous l’avons proposé, est de nature à rencontrer les exigences et finalités d’un régulateur tel que décrites auparavant. En effet, ce projet met l’Etat central au cœur du pilotage et du contrôle du mécanisme alors que l’implémentation de ce dernier est le fait d’acteurs décentralisés (en l’occurrence, les Provinces).

1 Michel Lelart, Les circuits parallèles de financement : l’état de la question, Communication avec Actes aux Journées Scientifiques du Réseau Entrepreneuriat de l’UREF : Financement de l’entrepreneuriat et mobilisation de l’épargne, février 1989, Casablanca, Maroc, p.48.

2 Henri Desroche, Solidarités traditionnelles et développements mutualistes, UCI d’Hiver à Yaoundé-Saa, Actes UCI, 1983, p.248

3 Chevallier, Jacques. « L’état régulateur », Revue française d’administration publique, vol. no111, no. 3, 2004, p.473.